Contre vents et marrais, Ntahangwa s’impose


Cette petite rivière qui sépare les communes Mukaza et Ntahangwa respectivement au centre et au nord de la capitale burundaise menace en tous sens. Sur son passage, le lit se creuse, les ravins s’étendent, des maisons s’effondrent ou sont sur le point de s’effondrer, des familles déménagent.



Par: Isanganiro , lundi 13 juin 2016  à 18 : 02 : 14
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Que c’est joli, le quartier de Kigobe dans cette partie du nord de Bujumbura. Il regorge des maisons en étages. De très belles maisons en tout cas. Il se peut que ce soit même interdit de construire une maison simple. A la limite, une cuisine, un garage pour abriter sa voiture, cela est tolérable. Mais tout n’est pas rose. Des familles ayant construit leurs villas près de la Ntahangwa ne chantent pas. Seule la rivière chante, ou gronde, menaçant de faire écrouler les maisons.

En amont du pont qui sépare Mutanga nord et celui du sud, l’enfoncement du lit de la rivière est allé jusqu’à une dizaine de mètres. Une petite route qui passe en aval de l’hôpital militaire de Kamenge est bloquée. Elle aussi est déjà touchée. De terribles fissures se sont déclarées. Ça fait peur même d’y passer à pied. Des maisons d’à côté sentent déjà l’odeur de la menace.

Un homme rencontré sur le lieu se trouve déjà entre le four et le moulin. Quitter sa résidence ? Ou rester ? Jusque quand ? Lorsqu’il me fait visiter l’espace qu’il a déjà cédé à la rivière malgré lui, je lui ai demandé : Mais, n’aviez-vous pas de papier de l’urbanisme avant de bâtir ? Et l’homme de me répondre, avec un air désespéré : « Bien sûr qu’on en a. Personne ici au quartier n’a bâti dans l’illégalité ».

Mais curieusement, le ministère ayant en charge les travaux publics n’y peut rien pour le moment. Contacté au téléphone, le directeur général de l’urbanisme ne passe pas par mille chemins pour affirmer : « Des fonds qu’il faut manquent actuellement pour faire les travaux de protection des rivières qui traversent la ville de Bujumbura ».

Non seulement il n’est pas financièrement aisé d’assurer la protection de la rivière et des maisons situées de part et d’autres, mais aussi il est difficile d’indemniser les victimes de la colère de Ntahangwa. Le directeur général de l’urbanisme soutient que seuls pourraient être indemnisés ceux qui ont acquiert et bâti leurs parcelles après la promulgation du code national de l’eau en 2012. Celui-ci prévoit que les constructions doivent laisser tout au moins « une distance de 25 mètres à partir du bord de toute rivière qui se déverse dans le lac Tanganyika ». Néanmoins, les propriétaires des maisons que guette la Ntahangwa auraient pour la plupart, si pas tous, obéi à la règle, même avant la promulgation de la loi. « La rivière était plutôt au-delà des 25 mètres quand on érigeait nos maisons », renseigne l’une des victimes.

La rivière Ntahangwa ne constitue une menace que pour les maisons d’habitation à Kigobe. D’autres infrastructures sont dans sa ligne de mire, aussi en aval qu’en amont. Des écoles, un centre de santé, un atelier de menuiserie, … pour ne citer que celles-là. Sur son passage, elle s’impose, menace, sans s’arrêter. Albert Mbonerane, un homme avisé dans le domaine de l’environnement, ancien ministre dans le même domaine, se rappelle dans sa figure de style, des mots lui dits par l’eau des rivières : « Vous vous êtes évertués à crier, vous n’avez abouti à rien. Laissez-moi le soin de faire moi-même ».




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