Muyinga : Des survivantes du trafic d’êtres humains témoignent de leurs vies aux pays arabes


De jeunes femmes retournées des pays du moyen Orient sortent du silence pour conscientiser leurs consœurs sur les dangers guettant celles qui partent croyant gagner la vie à l’étranger. Parallèlement, la tentation de partir travailler à l’étranger reste pour bon nombre de filles qui ont été interceptées par les services de sécurité, dossier préoccupant le comité provincial de protection des violences basées sur le genre.



Par: Isanganiro , lundi 22 mai 2017  à 18 : 44 : 15
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Deux jeunes femmes ayant séjourné au moins deux fois chacune dans les pays du Moyen Orient jurent de ne plus vouloir repartir croyant gagner la vie à l’étranger. Vêtues du voile intégral, nous les retrouvons au quartier Swahili du chef lieu de la Province Muyinga où elles nous livrent le secret de leur dégout.

Saadia Niyonkuru est l’une des jeunes femmes rentrées des pays du moyen orient. Cette mère d’une vingtaine d’années a séjourné en Arabie Saoudite deux fois, de septembre à octobre et de novembre à décembre 2016.Les documents à sa disposition prouvent qu’avec le dernier voyage, elle est rentrée au pays avant l’expiration de son visa de séjour. ″Travaillant jour et nuit, obligée d’observer certains rites inhabituels au Burundi, injuriée par l’enfant de mon patron, je me suis adressée à ce dernier pour réclamer », révèle t elle. Sa réclamation a été plutôt interprétée par la patronne comme une insulte envers cette famille et Saadia fut battue et renvoyée au Burundi, nous a-t-elle confié.

Asia Mugeni âgée de 17 ans a passé trois mois dans le même pays. Elle affirme être retournée au pays sans rien percevoir comme salaire. "Je n’ai pas pu honorer mes engagements", reconnait - elle. Le travail était tellement dur que je ne pouvais pas tenir. Je devais rester là pendant deux ans, raison pour laquelle je suis rentrée main bredouille, on m’a même retiré les habits qu’on avait offert″, ajoute- t- elle.

"On peut gagner notre vie ici au pays", déclarent- elles unanimement et conseillent à leurs consœurs rêvant toujours d’un el dorado étranger de se raviser. C’est d’ailleurs le leitmotiv de leur organisation naissante dénommée en Kirundi TAMABIKUKO, lutter contre le traffic des êtres humains et autres violences basées sur le genre.

Ces retournées dévoilent beaucoup de choses sur ce qui leur est arrivée mais silence radio quant à la question de connaitre ceux qui leur ont facilité l’obtention des documents de voyage ou encore les commissionnaires dans cette affaire. ″Nous partions en bus jusqu’au Kenya pour enfin prendre l’avion ".C’est l’astuce qui leur a permis de ne pas se faire attraper au Burundi, déclarent- elles.

Des candidates au départ, toujours aux aguets.

Une dizaine de filles ont été interceptées par les services de sécurité à Bujumbura alors qu’elles s’apprêtaient à partir travailler en Asie. Certaines d’entre elles ne cachent pas leur déception quant à l’opération des agents de sécurité qui les ont bloquées.

Des organisations de défense des droits humains se mobilisant contre le phénomène de départ de ces filles parlent de trafic d’êtres humains, un crime contre l’humanité d’après Amiel Uwizera représentant légal de l’Action D’Assistance des Jeunes Vulnérables (AJVD). M. Amiel également président de la Commission Protection des droits au sein du comité provincial de lutte contre les violences basées sur le genre affirme que le flux des jeunes filles vers les pays du golf continue. Ce militant des droits humains affirme être au courant de l’existence d’une dizaine de jeunes filles et femmes déjà en Asie dont le rapatriement est une necessité.

"Un effort de formation des jeunes sur les droits de l’homme en l’occurrence les droits extrapatrimoniaux s’impose", poursuit- il. Au sein du centre pour le développement familial et communautaire (CDFC), démembrement local du ministère ayant en charge les droits humains, on indique que ce dossier doit être suivi avec minutie pour ne pas saper les efforts d’autres services enquêtant sur le sujet. Eugénie Gakobwa Présidente du CDFC, s’exprimant à cet effet vendredi 19 Mai lors de la rencontre mensuelle du comité provincial de lutte contre les violences basées sur le genre, a tout de même réaffirmé que son service est prêt à accompagner socialement les survivantes de ce trafic déjà retournées à Muyinga.




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