COMMUNE Gihanga : A qui appartient les restes exhumés ?


24 ans après, les langues se délient progressivement. Selon différents témoignages à Gihanga, il s’agirait des restes du prêtre Niyoyandemye Dieudonné, assassiné dans la mi-journée du vendredi 23 Novembre 1993. C’est entre deux parcelles du village V, à environ 500 mètre de la paroisse catholique de Gihanga, diocèse de Bubanza, sur le côté droit en direction de la localité de Randa en commune Bubanza, que ces restes ont été découverts le 26 octobre 2017.



Par: Isanganiro , vendredi 3 novembre 2017  à 16 : 24 : 34
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Dans le soucie de mieux comprendre ce qui s’est passé, le président de la commission vérité et réconciliation (CVR) a effectué une descente sur terrain, le mardi 30 octobre2017 où il a rencontré différentes sources. Voici les témoignages dont les noms de témoins seront repris en initiales pour question de sécurité.

Mgr Jean Louis Nahimana (Mgr J.L.N) : Nous avons appris qu’il y a des restes qui auraient été déterrés ; qu’en est-il au juste ?

A.F  : selon les informations que nous avons recueillies, la tension était grande et un climat morose commençait à s’installer au chef lieu de la commune. C’est ainsi que dans la mi-journée du 23 Novembre 1993, des personnes ont envahi les hospices paroissiaux et ont commencé à piller le couvant arguant qu’ils venaient chercher des machettes. Abbé Ndikumana Pascal, lui a fuit vers le couvant des sœurs de la congrégation Bene Mukama au moment où l’abbé Dieudonné Niyoyandemye s’est dirigé vers le village II pour demander de l’aide. A son retour, il a été joint par deux véhicules militaires de marque Stout 2200. La population avec qui il était, a eu peur et le prêtre qui était à vélo a été embarqué par ces militaires qui seraient venus du camp Muzinda. A une distance d’environ 200 mètres, ces militaires ont commencé à tirer des coups de feu qui ont provoqué la débandade de la population. Trois personnes qui n’étaient pas avec l’abbé Niyoyandemye ont succombé sous la balle des militaires mais leurs corps ont été trouvés, au moment où, l’abbé Dieudonné a été porté disparu sans laisser de traces. On dit qu’il aurait été tué par ces soldats venus du camp Muzinda, il n’est pas mort dans une masse, il a été isolé.

Dans le but de trouver son corps, l’Evêque d’alors a mis sur la table une somme d’un million de franc pour celui qui montrerait là où son corps avait été jeté mais sans succès. On avait plus d’espoir de le retrouver. C’est dans l’après midi du jeudi 26 Octobre 2017 vers 14h que j’ai reçu un coup d’appel indiquant qu’il y a des restes qui venaient d’être découverts, affirmant qu’il s’agissait de ceux de l’abbé Dieudonné. J’étais intéressé et je me suis précipité sur le lieu. La preuve qu’il s’agit de lui était un chapelais qui était dans la poche de la chemise qu’il portait. La chemise qu’il portait, a été également reconnue par ceux qui l’on vu les derniers heures de sa vie. Son pantalon et sa ceinture restent intactes et ont été reconnus. Nous avons été sur le lieu avec le chef de poste adjoint et il nous a conseillé d’attendre l’administrateur.

C’est ainsi que nous avons pris les restes qui avaient été exhumés pour les conserver à l’hôpital. Un jeune est venu me voir le soir affirmant qu’il s’agit bien des restes de prêtre. A la question de savoir sur quoi se base cette certitude, il a laissé entendre que suite à l’érosion, à une certaine période ces restes ont été déterrés. Au même endroit, un certain T. a ramassé sur ces restes une chainette dorée qui était restée et les gens disaient qu’elle appartenait à l’abbé qui a été tué. Cet homme aurait été actif dans les massacres et pillages. Il aurait vendu cette chainette qui avait une petite croix. Il serait mort par suicide. Pour recouper nos sources, nous avons fait venir l’abbé M. qui a reconnu la chemise viscose qui appartenait au défunt. Il a même reconnu le pantalon et le chapelais qui selon lui, était un coli d’ordination qu’il avait reçu. Un autre élément est que l’abbé, curé de la Paroisse K. m’a dit qu’il y une femme native de Gihanga qui habite actuellement la zone urbaine de B qui connait où le corps du prêtre aurait été jeté. Selon elle, ce serait près d’un bambou. Un jour je tournoyais autour de la paroisse pour voir si je pourrais situer le bambou dont on m’avait parlé, mais en vain. Je n’ai pas demandé car j’avais peur. Quand ces restes ont été découverts, j’ai demandé où se trouvait le bambou et on m’a montré juste au même endroit, une raison de plus de penser qu’il s’agit de lui.

Après le débriefing qui a eu lieu à la paroisse Gihanga, l’équipe conduite par Mgr Jean Louis Nahimana, président de la CVR s’est rendue sur le lieu où les restes de la victime ont été exhumés. C’est entre deux maisons où nous avons été conduits par le curé de la paroisse. Là, un caniveau a été creusé. C’est à cet endroit qu’on a retrouvés ces restes. Comment est ce que les habitants ont-ils su qu’il s’agirait des restes du prêtre ? Voici le récit de ceux que nous avons rencontré sur place.

Radio Isanganiro (R.I)  : Mme Vous avez acheté cette parcelle que vous avez ensuite revendu à votre voisine. Quand est ce que vous avez su qu’il y avait quelqu’un qui a été enterré ici ?

M.R : Il sied de noter ici que cette zone était vide d’homme pendant la crise de 1993. C’est de retour de l’exile que j’ai acheté cette parcelle et j’ai, par la suite, vendu une partie. Nous avons vu ces restes au moment où une voisine creusait un canal car, elle était menacée par des eaux de pluie qui entraient dans sa maison. Elle s’est confiée au chef de colline qui a tranché en faveur du traçage de ce conduit d’eau, et au moment où on traçait, on est tombée sur ces restes.

R.I : En construisant, saviez-vous qu’il y avait une personne qui aurait été tuée et enterrée ici ?

M.R : Les gens disaient qu’il y a un prêtre qui a été tué et enterré dans les parages mais nous ne savions pas exactement où.

R.I : On dit qu’il y avait un bambou tout prêt, est-ce vrai ?

M.R : Oui, c’était juste là devant.

G.N : Mes employés sont tombés sur ces restes. Ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas y mettre leurs doigts et puis je me suis décidée de les rassembler. Au moment de la crise, j’étais une fillette de 17 ans, je ne savais rien de ce qui se passait.

R.I : comment est-ce que tu t’es sentie quand tu es tombée sur ces restes ?

G.N  : J’ai eu peur. Celui a qui j’ai donné du travail de creuser ce canal m’a dit que c’était mon affaire. J’ai conservé ces restes pour que je prenne le temps de le dire. J’étais pétrifiée.

Interrogé à ce propos, Mgr Jeans Louis Nahimana, président que la CVR, explique que la raison de sa visite sur terrain était de s’enquérir de la situation qui entoure cette découverte macabre. Selon lui, les témoignages sur place permettent de penser qu’il serait probable que ces restes soient du prêtre qui a été tué, il y a de là 24 ans. Il explique que les étapes qui suivront seront de rencontrer encore plus de gens qui ont côtoyé le prêtre défunt et d’autres preuves qui permettront de certifier qu’il s’agit réellement de l’abbé Niyoyandemye Dieudonné dont les restes ont été découverts le 26 octobre 2017.

R.I : Mgr Quel comportement devrait adopter des gens qui, à travers le pays, se verraient confrontées à des situations des telles découvertes ?

Mgr J. L. N : En matière d’enterrement des morts, il y a une législation qui le réglemente. Une fois que la population tombe sur les restes humains, il faut qu’elle avertisse l’administration. Il y a parfois ceux qui se précipitent, suite peut être au respect qu’ils doivent à nos ancêtres, les rassemblent pour les conserver. En soit, ce n’est pas une mauvaise chose. Néanmoins, cela peut entrainer la disparition de certaines preuves qui nous permettraient de comprendre ce qui s’est passé réellement. Une fois que l’administration est saisie, la loi les invite à informer immédiatement la CVR. A notre tour, nous saisissons une plate forme des experts qui dispose d’une expertise en la matière. Cette plate forme est composée de la CICR, La CROIX-ROUGE BURUNDI et une branche de la police de la protection civile. Du côté de la CVR, après le travail de ces experts qui rassemble les restes découverts à tel ou tel autre endroit, nous nous mettons d’accord avec l’administration pour trouver un lieu de conservation de ces restes en attendant une loi qui nous éclairera sur la façon d’enterrer dans la dignité ces restes.

R.I  : Mgr, des restes ont été retrouvés dans plusieurs coins du pays et de lamentations se font entendre, les gens craignant le risque de disparition des preuves sur les crimes qui ont été commis. A qui incombe le travail de protection de ces fosses communes ? Comment ce travail doit-il être fait.

Mgr J.L.N  : Les gens doivent dépasser le stade des émotions fortes. Pour protéger une fosse commune, il faut prendre conscience de ce qui s’est passé dans ce pays. La première chose à faire dans de tels cas ? , est de s’adresser à l’administration. La population doit être courageuse et informer à temps l’existence des charniers dans leurs coins. C’est donc un travail de tout un chacun dans la transmission de l’information, sans toute fois s’aventurer à faire le travail qui est réservé aux experts.




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