« Zimbabwe de Mugabe : De la libération à la misère ».


“Chaque jour qu’on se réveille au Zimbabwe, on ne sait pas où trouver de la nourriture (…) cet événement est essentiellement pour nos enfants”, une mère zimbabwéenne pleurait de joie ce soir, alors que le Président Mugabe rendait le pouvoir.



Par: Isanganiro , mercredi 22 novembre 2017  à 11 : 21 : 21
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"2011, c’était un honneur pour moi de serrer pour la première fois la main du Président Robert Gabriel Mugabe, un plaisir qui ne durera que quelques minutes, quand je l’entendais et le voyais ‘sortir ses griffes’, en plein sommet présidentiel. Mais, comment un tel homme faisait-il à la fois, peur et fierté de plusieurs africains, se moquant et amusant des publics, même au niveau international ? Et sa fin qui pointait alors ?", témoigne Audace Machado, un ancien journaliste burundais.

Les africains lui devons beaucoup

17 Avril 1980, l’historien Emile Mworoha était assis juste à côté de Bob Marley. Le dignitaire burundais n’avait d’ailleurs pas reconnu le rasta, me dira-t-il lors d’une interview. Ils se trouvaient à Harare, alors que le monde célébrait l’indépendance du Zimbabwe. On peut juste se référer à l’autorité d’alors, et imaginer un musicien aux dreadlocks, sûrement au parfum imbibé d’odeurs du cannabis, installé aux côtés d’un délégué du Président Bagaza, autre homme fort africain d’alors. Mais tout compte fait, « je savais que le protocole, si jeune soit-il, ne pouvait pas faire une erreur, plus encore pour un tel événement historique et panafricaniste », me dira l’historien.

Autorité, c’était non seulement le parcours d’un des derniers combattants indépendantistes africains, mais d’un aguerri et convaincu de la mission libératrice, dans un climat de risques d’assassinat et surtout, d’une décennie d’emprisonnement, et au-delà du combat de liberté initiée aux côtés de Ian Smith. L’autre et nouvelle autorité, c’était le fait et émotion de descendre le drapeau « anglo » au spectacle de tous, y compris la représentation de la Reine d’Angleterre, le Prince Charles en personne !

Hommage au 1er Ministre ! Pensons à son serment, des mots devenus « Présidentiels » pour de telles occasions : (…) respect de la constitution, des libertés du peuple, de la protection des frontières, etc., et l’universel « May God Help Me ». Voila ce qu’on ne retrouvera en gros, que dans sa lettre , buté à démissionner le 21 Novembre 2017, soit plus de 37 and au pouvoir. C’est à la sortie de la chanson « Zimbabwe », par le voisin du Professeur Mworoha, que celui-ci comprendra le niveau symbolique d’un tel événement universalisé : « … plus de guerres intestines, très bientôt on goûtera aux vrais résultats de la révolution, parce que je ne souhaite pas voir les citoyens contrariés, … », proposait notamment le prophète !

Comment un mythe se détruisit – il dans le temps ?

Bien qu’Africain, étais-je choqué en 2011, notais-je plus haut : « Président sénile », le qualifiant ainsi, certains de ses pairs voire des diplomates avertis semblent-t-il expliquer de ses agissements. Cela dit, je ne trouvais aucune raison permettait au « Comrade Bob » d’agresser devant l’assemblée, le Vice-président Zambien d’alors, Guy Lindsay Scott. Alors que son ami Kadhafi venait de tomber, dans son discours, Mugabe crachait sur Tony Blair, Bush (s) et autres leaders occidentaux via Scott qu’il qualifiait de leur cousin : « Allez demander à ceux-là mêmes qui ont toujours voulu que je sois déchu, qui est parti avant qui » ?

Cette diplomatie singulière rappelle Décembre 2003, quand le Président Robert Gabriel Mugabe décida de retirer le Zimbabwe de l’ensemble géopolitique « anglo », le « Commonwealth ». Mugabe refusait tout appel de ses pairs, Cooke de la Jamaïque, Obasanjo du Nigéria et Mbeki le Sud Africain, à qui d’ailleurs il avait fait l’annonce officiellement. Ce départ fut une réaction zimbabwéenne conséquente de la suspension décidée par l’organisation suite aux massacres autour de sa réélection en 2002, et de la réforme agraire controversée visant les fermiers blancs. Zimbabween, Chief Massimba Biriwasha, mon voisin et collègue en 2014, trouve que « ce fut le début d’un marasme économique sans pitié suivi d’un mécontentement politique jamais vu au Zimbabwe ».

La chute d’un enfant de prêtres, devenu païen !

Alors que la semaine du calvaire de Mugabe débutait, dans un échange à propos que j’ai eu avec L.M. Nindorera –chercheur burundais-, je trouvais que 1) la stratégie militaire pour pousser « Comrade Bob » à la sortie fut intelligemment unique. Une autre intellectuelle burundaise, de m’expliquer : « J’ai été marquée par le niveau intellectuel très haut de ce pays. D’ailleurs, il se dit que le Zimbabwe aurait le meilleur niveau formation dans cette zone sud-africaine. Il faudrait aussi croire en l’influence de leur voisin, Afrique du Sud dont les deux pays ne sont séparés que par une rivière, la Limpopo », témoignage de Christella Niyonzima, Master des études de paix et gouvernance à l’Africa University de Mutare au Zimbabwe. En outre, quand on ne contrôle pas très bien le niveau de popularité d’un tel homme, « je comprends qu’ils créent des boucs-émissaires : le mauvais entourage de Mugabe. Et pour être précis, sa femme plus arrogante que le Président sénile est visée », interprète Chief Massimba Biriwasha. 2) Alors que les militaires, garant du « Putsch » gardent un respect pour le vieux Président, 3) ils ajoutent un prêtre catholique dans la facilitation des pourparlers, 4) alors qu’une rumeur de faciliter son exile circule. « Gardons que l’Eglise catholique est sa famille éducatrice, mis à part qu’elle est connue pour sa diplomatie et influence. Mais encore, promettre un exile aux dictateurs déchus semble devenu un truc à la mode, en Afrique de manière passager, soit-il », Chief Massimba commente, en rigolant.

Le système reste ! Mugabe n’aura fait que son temps

Deux jours avant la démission de Mugabe, il avait étonné le monde, dans un discours « spectaculaire » télévisé. « Pour avoir vécu avec des Zimbabwéens, ça me paraissaient étrange de les voir dans les rues, si nombreux », Christelle Niyonzima y repense. Chief Massimba trouve que c’était déjà fini pour le vieux : « Même ses amis, y compris la Chine et la Russie l’ont lâché. Il n’avait plus de pouvoir... and ‘we were tired of this man », replonge-t-il dans son anglais parfait. « Tu ne peux pas imaginer comment, en père de famille, tu es impuissant dans un tel chaos économique et politique », continuait-il.

L’observateur François Bugingo lui écrit sur sa page facebook, « (…) hélas, les célébrations ne devraient pas être de longue durée ; sauf surprise, l’ancien vice-président deviendra le dirigeant du pays. Autant dire, la continuation du système, et la crise est très profond ». Et croire que le groupe de Emmerson Dambudzo Mnangagwa homme du système, qui a occupé plusieurs postes gouvernementales viendra changer beaucoup de choses, c’est rêver.

Chief Massimba, intellectuel Zimbabwéen, il est plus clair « Comme le disait Martin Luther King, ‘Aujourd’hui c’est le premier jour du reste de notre vie’, simplement ça ! », avant de justifier « Nous n’avons qu’une armée et une police de corrompus. Seulement, les Zimbabwéens, en disant non aujourd’hui et avec succès, ils se prouvent que le pays est leur ». Quant à la brutale Grace Mugabe, « elle a oublié Simone Ehivet Gbagbo, et a cru devenir une Ellen Johnson Sirleaf, si vite. Celle-ci a fait son chemin, très différent ! », concluait Massimba.




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