Les sachets « nous tuent à petit feu »


Des cuisiniers dans certains restaurants de la capitale Bujumbura utilisent des sachets pour emballer de la nourriture après cuisson. Ils expliquent que ces sachets permettent de garder au chaud la nourriture. Et d’autres cuisiniers disent laisser la nourriture sur le brasier en attendant les clients. Francois Nitereka, chimiste indique que ces sachets sont susceptibles de provoquer des maladies comme le cancer.



Par: Isanganiro , vendredi 2 février 2018  à 13 : 53 : 25
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12 heures, heure de pointe pour les clients dans un restaurant de Bujumbura. Les cuisiniers s’affairent pour finir la préparation du dernier repas à servir. Le « chef du jour » commence à distribuer les rôles pour être prêt à accueillir les clients. « Dans quelques instants, les fonctionnaires seront ici, on doit avoir tout fini » indique ce cuisinier d’une trentaine d’années sans même se retourner.

A côté de lui se trouve une serveuse qui déplace du feu, une marmite de riz. Jetant un coup d’œil à sa montre, elle passe d’une marmite à une autre. « On commence très tôt à se préparer pour ne pas être débordés à la dernière minute ». Ces marmites sont déposées sur une longue table où elles sont rejointes par un bassin contenant des assiettes sorties fraichement de l’eau.

Au menu du jour, le « chef » propose le haricot, les amarantes, les frites et de la viande. Diomède, serveur, nous informe que ces aliments restent chauds à condition d’être dans les marmites. Ce n’est pas le cas pour la pâte de manioc, de sorgho ou de maïs. « Comme les marmites ne gardent pas suffisamment de chaleur, nous utilisons des sachets pour emballer la patte déjà cuite. De plus, cela garanti une propreté pour la nourriture » ,nous indique ce serveur en nous montrant là où sont entreposées ces pâtes.

Selon la serveuse des lieux, l’utilisation de ces sachets n’aide pas seulement à garder la chaleur. Pour nous, c’est également un « bon » substitut pour faire des économies. « Nous choisissons ces sachets car ils sont moins chers. On peut utiliser les papiers aluminium ou les papiers fraicheurs mais ils ne sont pas accessibles , ils s’achètent entre 6000Fbu et 8000Fbu ». La serveuse affirme qu’il n’y a pas de lamentations de la part des clients. « Ils ne savent pas comment cette patte est conservée », a t- elle ajouté.

Autre restaurant, autre réalité. La gérante de cet autre restaurant nous a informés qu’ils servent de la nourriture toujours chaude. « Quand les clients arrivent nous réchauffons directement leur nourriture parce qu’on garde toujours le brasier allumé. Nous n’utilisons jamais des sachets », « Pour les commandes de l’extérieur, il y a les casseroles en plastiques », ajoute-t-elle.

Au contact avec la chaleur les résidus du pétrole provoquent un autre phénomène, dit un chimiste

La matière première des sachets c’est le pétrole. Après fraction, il est obtenu le fuel, le mazout, l’essence… mais il y a également des résidus. François Nitereka, professeur d’université et chimiste, dit que ces résidus ne sont pas jetés. « Ils sont comme des déchets mais ils permettent la fabrication des sachets. C’est même pour cela que les sachets sont moins chers ».

Les sachets sont constitués par les composés organochlorés qui sont très toxiques à l’homme. François, le chimiste dit qu’au contact avec la chaleur les résidus du pétrole provoquent un autre phénomène. « La chaleur d’un repas avec les sachets occasionnent un phénomène d’absorption. Les composés organochlorés quittent le sachet pour entrer dans la nourriture. Si une personne continue à consommer une telle nourriture, il y a une bioaccumulation des composés dans le corps », « L’augmentation de ces composés chimiques dans le corps d’une personne peut engendrer le cancer ou les maladies épidermiques » ajoute-il.

François Nitereka prône un changement de mentalités pour les restaurateurs ou les particuliers en utilisant plus les assiettes que les sachets pour conserver la nourriture chaude.




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