Université du Burundi : La commémoration des massacres reportée à la dernière minute




Par: Désiré Nimubona , mardi 11 juin 2013  à 18 : 35 : 22
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Les cérémonies de commémoration du 18 ème anniversaire des massacres des étudiants à l’université du Burundi ont été reportées sine die par le Recteur de cette université, Gaston Hakiza ce mardi.

« C’est une grande consternation. La mémoire est morale et correspondante à la date du crime », regrette le Secrétaire Général de l’Association pour la Mémoire et la Protection de l’Humanité contre les Crimes Internationaux, AMEPCI –Gira Ubuntu, Aloys Batungwananyo.

« On ne désarme pas », dit Batungwanayo dans les enceintes de l’université du Burundi, ce mardi soir alors que les tentes qui devraient abriter la messe de requiem de ces cérémonies, au campus Mutanga, venaient d’être démontées.

Selon cette organisation, personne n’est à mesure de comprendre comment une autorité de cette université puisse suspendre les cérémonies de commémoration des massacres qui ont eu lieu dans une famille qu’il dirige.

La correspondance de demande d’autorisation avait été écrite le 20 mai 2013 au recteur et celui-ci avait marqué son accord le 4 juin 2013.
A leur grande surprise, les organisateurs de ces activités disent avoir reçu, vers 11h 30 minutes mardi 11 juin 2013, la décision du Recteur, leur interdisant de commémorer sans pourtant donner plus de détails sur les raisons de cette décision tardive.

« Nous avons reçu une lettre vers 11h 30 minutes alors que l’on devrait commencer les activités à 14h », annonce l’AMEPCI-Gira ubuntu.
C’est une façon de nous empêcher de pleurer les nôtres, regrette Batungwanayo, assimilant l’événement aux tueries de 1972 quand il n’était pas autorisé de pleurer les morts ou organiser des cérémonies de deuils.

Le Recteur réagit

Au niveau de l’université du Burundi, le Recteur, Gaston Hakiza fait savoir que la raison est que « la date de la commémoration est tombée au jour du travail » ; soulignant que ces activités peuvent être « reportées », un « mercredi après midi ou dans un weekend après midi ».

« Nous connaissons cette journée et nous participons aussi dans ces cérémonies », souligne Hakiza, martelant qu’en tant que burundais, il comprend la douleur des familles et des rescapés. Par ailleurs, il ajoute qu’en tant que burundais il soutient l’’effort du Gouvernement dans la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle.

Selon lui, il n’y a pas de mobile derrière ce refus, sauf qu’il faut choisir un bon moment pour ne pas perturber aussi les activités académiques.

Le recteur de l’université du Burundi dit avoir été saisi par le responsable de la sécurité au campus Mutanga pour annuler ces activités, et dit que lui-même, depuis un certain temps, il avait demandé un report de ces activités pour une autre journée, autre que celle du 11 juin 2013, sans pour autant convaincre les organisateurs.

Il avoue cependant qu’il n’avait pas su que la journée du 11 juin tomberait un mardi, jour du travail quand il a marqué son accord.

« La date est intouchable »

Au niveau de l’AMEPECI Gira Ubuntu, la date du 11 est significative car même les bourreaux n’ont pas reporté la date pour massacrer ces étudiants dont l’effectif est d’ailleurs inconnu jusqu’ici. Par ailleurs, estime Batungwanayo, le cas de l’université du Burundi n’a rien de différent des autres cas de commémorations comme celles de Teza, Ta ba, Buta, Gatumba, Kibimba ou ailleurs dans le pays où les dates aux quelles les tueries ont eu lieu sont respectées comme telles.

Par ailleurs, ajoute t-il, ce n’est pas la première fois que ces activités soient organisées un après midi le jour du travail à cette université, mais c’est la première fois que l’administration de cette université refuse aux rescapés de commémorer.

Des informations des étudiants et travailleurs qui étaient sur place disent qu’il n’y a pas de tension entre les étudiants, saluant par ailleurs l’unité « jamais vue » dans la préparation des activités du genre. Nos sources disent que toutes les ethnies font parti de cette association qui avait préparée ces cérémonies.

Au moment où la décision du Recteur dit qu’il a eu des entretiens en rapport avec ces activités avec certains des représentants des étudiants, certains de ces mêmes représentants des étudiants disent avoir rencontré pour la dernière fois le recteur, mi-mai 2013, avant même la demande de l’AMEPCI.

Mais d’autres disent que ce matin, le Recteur a appelé le Représentant des Etudiants pour lui signifier du retrait de l’accord donné il y a plus d’une semaine, une chose confirmée à moitié par Gaston Hakiza.

Les dignitaires qui avaient été invités à ces cérémonies dont d’ailleurs la Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, Odette Kayitesi (elle-même rescapée) ont du rebrousser chemin après avoir appris la nouvelle. Les activités ont continué dans une salle de l’OPDE pour une série des témoignages des rescapés. Ainsi, la messe initialement prévue a été suspendue par cette mesure.

Depuis 2005, chaque 11 juin, les rescapés des massacres de juin 1995 de l’université du Burundi, de même que les familles des victimes, se rencontrent, pour se souvenir de ces tueries dont les commanditaires restent libres.

Dans la nuit de 11-12 juin 1995, (en plaine crise civile), certains des étudiants de l’université du Burundi, (essentiellement de l’ethnie hutue) ont été tués au campus Mutanga. D’autres ont été tués dans des quartiers proches de ce campus alors qu’ils tentaient de se sauver. Personne ne sait où ils ont été enterrés bien que certaines sources évoquent la présence des fosses communes au campus Mutanga.

D’autres disent avoir vu une camionnette de cette même université transportant des cadavres des étudiants, la veille des massacres, vers une destination qui reste inconnue jusqu’ici.




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