Imaginez avoir des petits-enfants qui ne sont pas capables de parler votre langue




Par: Irène Ruby Pratka , jeudi 25 juillet 2013  à 16 : 57 : 21
a

Selon l’UNESCO, la moitié des langues parlées autour du monde aujourd’hui disparaitront d’ici cent ans. Il y aurait des centaines de langues en voie de disparition maintenant, avec une centaine de
locuteurs ou même moins.

Par rapport à la langue du peuple Elmolo du sud-est du Kenya, qui a moins de 400 locuteurs, la position du kirundi avec ses 8 millions de locuteurs semble sûre. Mais le nombre absolu de locuteurs n’est pas le seul indicateur de la position d’une langue.

Les spécialistes en linguistique considèrent aussi que la transmission entre les générations, les attitudes des locuteurs envers leur propre langue et les domaines dans lesquelles des intellectuels utilisent la langue et la disponibilité du matériel écrit dans la langue comme des indicateurs également importants. Vue de cet angle, quand les études se font en français ou en anglais et les affaires en anglais ou en swahili, la position du kirundi pourrait être plus menacée qu’on ne
pense.

Francine Kanyange de la Radio Isanganiro parle avec le professeur Isaïe Nimpagaritse du département des langues et littératures africaines de l’Université du Burundi, sur l’importance de la préservation de la langue nationale et les manières d’entraver
son déclin.

« Les intellectuels ont été formés à l’école des étrangers qui, peut-être, ne voulaient pas que nous nous développions au vrai sens du mot développement, parce que le développement est lié à la langue. »

L’intelligence se développe grâce à la langue

« Les familles en général, nous devons essayer d’apprendre aux enfants des le plus bas âge le kirundi. Il y a des gens qui parlent parfaitement bien le kirundi, mais ces gens-là ne sont pas souvent considérés comme des intellectuels ».

« Dans l’enseignement, il faut que les élèves apprennent les accents, et qu’ils apprennent à écrire. Parce que nous risquons de devenir des illettrés, des analphabètes, tout en étant des intellectuels, parce qu’on ne maitrise pas notre langue maternelle ».

« Nous devons transmettre nos connaissances en utilisant notre langue, le kirundi. Mais cela ne nous empêche pas de continuer à apprendre d’autres langues, notamment le kiswahili, le français et l’anglais, parce que nous entrons, effectivement, dans l’East African Community ».

« Comme disait De Gaulle, nous devons boire dans notre propre verre, c’est-à-dire parler notre langue, le kirundi, mais nous devons trinquer avec tout le monde ».

Aujourd’hui, le département des langues et littératures africaines de l’Université du Burundi travaille sur des dictionnaires kirundi-français et kirundi-anglais.




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