Yussuf Miradji de la R. Isanganiro agressé par des gens du pouvoir




Par: , mercredi 7 décembre 2011  à 17 : 13 : 08
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Des signes d’intolérance des pouvoirs publics contre le travail des journalistes se multiplient au Burundi, après l’arrestation d’Hassan RUVAKUKI, journaliste de la radio Bonesha FM et correspondant de la RFI, accusé de collaborer avec les groupes terroristes, c’est le tour du chauffeur de la radio Isanganiro qui vient d’être agressé par des hommes qui se réclament des services de la documentation. MIRAJI Sefu Youssuff surnommé MEMBA a été sérieusement tabassé. Ces deux hommes en tenue civile, armés de pistolet, accuse MEMBA d’avoir collaboré avec l’équipe de France 24 dans le tournage d’un reportage sur une rébellion naissante à l’est de la RDC, contre le pouvoir de Bujumbura. Après trois jours de suivi médical, MEMBA accepte de nous accueillir chez lui à GATUMBA, Voici son témoignage dans l’interview qu’il a accordée à Patrick MITABARO.

Patrick Mitabaro (PM) : Mr MEMBA, comment vous vous sentez après avoir été agressé par ces hommes ?

MEMBA : ça a été une des mauvaises surprises de ma vie. J’ignore encore s’ils ont utilisé un morceau de fer ou s’il s’agissait de je ne sais quel coup sur ma nuque. Mais ce coup là était vraiment mortel, j’ai aussitôt perdu le contrôle. Je me suis allongé par terre croyant que ma tête était coupée. Je clamais beaucoup mon innocence…

P M : décrivez nous en peu la scène. Vous êtes arrêté par qui, comment et pourquoi vous ?

MEMBA : Je rentrais du service dans le véhicule d’Isanganiro, je m’arrête au niveau du pont RUSIZI juste pour passer la relève à mon collègue…à peine il a fait demi tour pendant que je franchissais le pont, j’ai vu un véhicule aux verres fumées à bord duquel deux hommes, ils s’approchent vers moi et l’un sort de là. Un type brun et barbu, très costaud qui portait une casquette. Il me tient par la ceinture en m’intimant l’ordre de monter dans le véhicule, il dit : « Tu dois monter là dedans et nous dire tout ce que vous avez fait au Congo ! »

PM : c’était des policiers ?

MEMBA  : je voyais devant moi un civil et je me suis interrogé comment un civil comme moi pouvait m’arrêter ? Je lui ai demandé sa carte mais me répond tout simplement qu’il travaille pour la documentation.

PM : deux personnes en tenue civile, pourquoi vous n’avez pas tenté à leur opposer un bras de fer ?

MEMBA : Ecoutez ! Moi j’ai d’abord pensé aux tristes scénarios qui arrivent souvent pour certaines gens. Vous ne pouvez pas engager un bras de fer à une personne armée. Quand je lui ai demandé sa carte, il voulait sortir son révolver. Je me suis aussitôt incliné avant de présenter ma carte d’identité. Par après je le supplie de me laisser appeler ma femme ou au service pour leur tenir informé de ma situation, il m’arrache mon portable en me répétant que tous ce qu’ils veulent et que j’entre dans leur véhicule et dire pourquoi j’emmène les gens prendre des images des rebelles au Congo et des photos à Gatumba ! J’ai complètement perdu la tête en même temps qu’il me montrait son pistolet.

PM : Et qu’elle a été la suite ?

MEMBA : Je refuse d’entrer dans leur véhicule sachant le risque de me trouver mort quelque part dans la RUSIZI à l’instar des victimes des exécutions extra judiciaires de ces derniers mois. Mais une chose m’a sauvé ! Et c’est pas du tout moi, c’est Allah et la population. Pendant que j’étais dans leurs mains, je vois venir un policier en uniforme, il échangeait un appel téléphonique et j’ai respiré en peu…Allah Akbar ! Il était le pire méchant de tous.
Il dit à cet homme de la documentation de me lâcher et me prend par l’aisselle avant de m’entrainer dans le parc. Il dit : « je te tue, je te tue, je te tue… », J’étais un homme mort.
Fort heureusement, il y avait dans le bois, les gens qui m’ont reconnu et sont venus à ma rescousse en criant pour alerter la population des environs. Des cris de deux personnes, trois, quatre….dix, des klaxons de Coaster de transport en commun renforcent de l’autre côté de la route, l’alerte devenait de plus en plus généralisé. Ce policier n’avait d’autre choix que de me ramener vers le pont et les deux agents des services de renseignement se sont vite éclipsés.

PM : Et comment vous qualifiez cette agression.

MEMBA : moi je n’ai pas de lecture particulière à cette agression sauf qu’elle est purement et simplement liée à mon travail à la Radio Isanganiro. Et pour preuve, quand je leur ai demandé d’appeler au service pour informer de mon cas, mon portable m’a été vite retiré.

PM : Et vous êtes tranquilles aujourd’hui ?

MEMBA : Aujourd’hui même si j’accepte de parler, je n’aurais pas du.si je le fais c’est peut être parce que je trouve ici ma seule protection : Parler à la radio pour que le ministère publique engage des procédures d’enquêtes judiciaires contre ces agresseurs. Ces hommes se réclament des services de la documentation, ce qui veut dire qu’ils travaillent pour le gouvernement. Qu’ils nous disent celui qui leur a donné cette mission.




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