Les rescapés et familles des victimes de 1972 en commémoration, le Gouvernement absent

    0
    494


    Les rescapés et membres des familles des victimes des massacres de 1972 se sont recueillis sur les fosses communes, à Buterere (nord de la ville de Bujumbura), pour rendre hommage aux leurs, tués « par ceux qui devraient les protéger », selon l’expression d’Aimé Emmanuel Nibigira, l’un des organisateurs de ces cérémonies.

    « Nous venons ici comme un seul homme pour honore nos parents, nos amis et nos frères qui ne sont pas enterrés dignement », déclaré Nibigira, en marge des cérémonies de dépôts des gerbes de fleurs sur les fosses communes sur la colline de Bumwe, dans la commune urbaine de Buterere.

    Appuyés par les rescapés des massacres de Kibimba de 1993 et ceux de Buta de 1997, les rescapés et les familles des victimes de « Ikiza » (catastrophe) de 1972 ont demandé le respect des fosses communes.

    « Nous demandons avec insistance au Gouvernement de ne pas attribuer cette place aux gens pour leurs constructions. Il faut plutôt le céder aux familles des victimes pour un monument » a appelé l’organisateur des festivités, Aimé-Emmanuel Nibigira.

    Avril est un mois fatidique pour le Burundi, selon A.E. Nibigira soulignant que plus de 400.000 personnes ont été tuées par l’armée, la police, appuyée par certains éléments de la Jeunesse Révolutionnaire Rwagasoré, du parti UPRONA.

    « Les victimes sont de toutes les ethnies » a-t-il ajouté, tout en soulignant que les hutus étaient visés plus que les autres.
    Selon les témoignages recueillis sur place après la pose des gerbes de fleurs sur ces fosses communes, le site de Buterere est menacé par des eaux, de la foret et même des constructions des particuliers qui osent poser la pierre de leurs habitations sur les cranes et os des victimes de 1972 sans aucun soucis.

    {{Témoignage d’un rescapé}}

    Un homme âgé de 71 ans, qui est aussi un rescapé de ces massacres a dit : « ce qui s’est passé ici est un véritable génocide. On arrêtait les gens, mêmes les hommes de l’église et on les conduisait à la prison de Mpimba où ils passaient toute la journée sous le soleil ligotés et exposés au soleil comme des graines de mais », a expliqué le rescapé.

    Après cette exposition, qui consistait à affaiblir la victime, on passait à son achèvement à l’aide des gourdins ou des matraques qui ont des clous sur leurs têtes, a-t-il ajouté.

    « Ici les, les fusils, n’ont pas joué un grand rôle. Seules les matraques étaient utilisées pour achever les victimes collectés dans presque tout le pays et amenés à Bujumbura à l’aide des camions de l’armée et de la police », a t-il martelé.

    « Le soir après avoir tué les victimes qu’on venait d’arrêter, on les transportait vers ce site [de Bumwe Commune urbaine de Buterere, Ndlr] dans des camions, puis on les versait dans des fosses préalablement creusées par les tracteurs et ces derniers les couvraient avec la boue et c’était fini. Il y avait même ceux qui étaient enterrés vivants », a raconté le rescapé lors du recueillement de ce mardi soir à Buterere.

    {{Les craintes de la réussite des revendications des familles des victimes}}

    Un quinquagénaire s’est montré inquiet par « l’absence des officiels du Gouvernement » lors de la pose des gerbes de fleurs sur les fosses communes. « Comment est –il possible que les membres du Gouvernement dont la majorité des parents ont succombé dans les massacres de 1972 ne veulent pas se joindre à nous pour célébrer cette date la plus sombre de notre vie », a déploré Ndikumana Jean Marie, l’un des habitants de Buterere qui était sur les lieux lors de la célébration.

    Au moment où les victimes appellent pour « la mise en place du CVR, les représentants du peuple ne sont pas là ». Lance un autre sous couvert d’anonymat après les cérémonies de dépôts des gerbes de fleurs sur les fosses communes à Buterere.

    « Mais qui va mettre en application nos revendications quand nos élus ne veulent pas s’associer à nous » s’interroge un autre vieil homme dont les enfants ont été totalement décimés lors de ces massacres.
    Un des organisateurs a pourtant tranquillisé les habitants de cette contrée. Citant une source du Gouvernement, il a souligné que des informations disent qu’un groupe de députés burundais s’est rendu en Afrique du Sud pour apprendre comment la CVR a fonctionné après l’apartheid, mais sans faire beaucoup de détails.

    Notons que le parti UPD-Zigamibanga représenté par Zedi Feruzi était le seul parti qui avait officiellement participé à ces cérémonies de pose de gerbes de fleurs sur les fosses communes des victimes de la crise de 1972. Certains de ses membres portaient d’ailleurs des uniformes de leur parti.

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici