Les habitants de Kivyuka revivent la douleur du carnage de 1996

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    {{Ce sont les travaux de bitumage d’une route Bubanza-Ndora qui viennent de remuer le couteau dans la plaie des habitants de Kivyuka, de la commune Musigati de la province de Bubanza.La semaine dernière, des machines sous la commande de SOGEA SATOM, cette compagnie de construction des routes est tombée sur des restes humains, des squelettes humains, une preuve de la barbarie de la guerre civile qui a couté la vie à pas mal de burundais. Aussitôt, la colère a monté dans les esprits des familles des victimes qui ressentent la douleur revenir 16 ans après le carnage de Kivyuka. }}

    {{ Décryptage }}

    Les travaux de construction de la route Bubanza-Ndora, en passant par Kivyuka, une localité de la commune Musigati se sont heurtés à la colère des habitants de cette localité, accusant cette entreprise de détruire des ossements des victimes d’un massacre qui a eu lieu en 1996 et qui a emporté au moins 430 civils dans ce marché de Kivyuka, hommes, femmes et enfants confondus.

    S’adressant au président de l’Assemblée Nationale dans sa correspondance du 16 janvier 2012, le président de l’Association des rescapés de ce massacre, Charles Makoto demande « l’intervention (du président de l’Assemblée) afin d’interdire la destruction de la fosse commune en attendant un groupe d’experts argentins (…) pour venir faciliter l’identification des victimes ».

    Selon Makoto, l’identification terminée, les habitants de Kivyuka auront par la suite le droit d’observer un deuil et l’enterrement des leurs, car, estime-t-il, il est impossible, de par la culture, de faire un deuil sans savoir où a été enterré le sien, souligne le président de l’Association pour la Solidarité, le Respect et la protection de la Dignité Humaine (ASRPDH), dans sa lettre au Président de l’Assemblée Nationale.

    {{Le Ministre de l’Intérieur en visite à Kivyuka ce mardi dit ‘non à un monument en la mémoire des victimes’}}

    En visite de travail à Kivyuka ce mardi, Edouard Nduwimana, Ministre de l’Intérieur a fait une lecture différente sur ce que demandent les rescapés de Kivyuka.

    Tout en soulignant que les travaux de traçage de cette route doivent continuer, Nduwimana a fait savoir aux familles des victimes que rien ne sert à ériger un monument à cet endroit dans où au moins 430 personnes ont été massivement assassinés.

    Ce qui compte pour lui, c’est l’inhumation de ces restes humains dans des cimetières de la localité, décourageant ainsi l’esprit des rescapés et des familles des victimes d’avoir un monument érigé à Kivyuka, en mémoire des illustres disparus, de mai 1996.

    Selon le Ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana, il est important que les gens attendent la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) qui décidera sur certains cas, comme celui de Kivyuka.

    {{Les familles des victimes réclament toujours l’inhumation digne d’une personne humaine}}

    La chef de colline Munanira de la zone Kivyuka, Mme Marie Rose Bukuru, souligne qu’elle est sidérée par le manque de volonté de la part des autorités compétentes de procéder à une inhumation digne d’un être humain des restes de ces gens tués le 3 mai 1996 au marché de Kivyuka, comme l’avaient demandé au parti présidentiel lors de la campagne électorale, les familles des victimes.

    En tant que rescapée et membre d’une famille qui enregistre un certain nombre de victimes suite à ce carnage, elle demande l’enterrement digne de nom des restes de ces personnes tuées par certains éléments de l’armée régulière de l’époque.
    Selon le président de l’Association des familles les rescapés de cette barbarie humaine, le ministre de l’intérieur devrait bien rectifier le tir, pour permettre l’enterrement de ces restes dans un endroit digne car, estime Charles Makoto, c’est une façon de protéger les preuves matérielles qui montrent que certains crimes ont été bel et bien commis, des preuves qui pourraient même guider la Commission Vérité et Réconciliation, CVR.

    En plus estime Makoto, 400 personnes n’est pas un chiffre négligeables alors que même des effectifs largement inférieurs des victimes des attaques et tueries, ont bénéficié d’un enterrement digne dans un endroit sûr pour leur identification comme preuve matérielle des massacres qui ont emporté des vies humaines, au Burundi.

    Enterrer les victimes de cette attaque dans un cimetière commun avec les autres serait selon lui, une façon de faire disparaitre des preuves des crimes impardonnables alors que même la CVR se trouve à la porte.

    {{Retour sur les massacres de Kivyuka}}

    Pierre Ntawumuha, un habitant de Kivyuka a perdu sa femme. Il se souvient toujours de cette journée du 3 mai 1996, un jour de marché à Kivyuka. Sa femme, tout comme les autres victimes s’étaient rendu au marché pour s’approvisionner en vivres.

    Cet homme qui semble pourtant maîtriser la douleur souligne que l’incident a eu lieu quelques heures après le passage des ex-rebelles des FDD qui avaient même déterré un pylône qui conduisait le courant du barrage de Rwegura vers les autres coins du pays.

    Il dit se souvenir que l’administrateur de la commune de Musigati de cette époque est venu, accompagné de militaires de l’armée régulière de l’époque. Il a tenu une petite réunion à l’intention des habitants de Kivyuka qui tenaient le marché. Par la suite, souligne-t-il, les choses sont tournées au drame. Pierre Ntawumuha dit que, aussitôt l’administrateur terminé son discours, des militaires qui avaient ceinturé ce marché, se sont mis à tirer dans la foule dans toutes les directions, tuant ainsi ces centaines de civiles, sa femme incluse, dans un laps de temps.

    Selon lui donc, rien ne peut les aider à oublier ce carnage, sauf qu’il fallait que la CVR soit rapidement installée pour que la vérité soit étalée au grand jour.

    Le ministre Nduwimana, de son coté en visite à cet endroit ce mardi, a préféré ne pas accuser un quelconque camp, soulignant tout simplement que seule la CVR sera à mesure de faire accoucher la vérité sur ce crime de même que les autres qui se sont passés dans ce pays.

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