Oui au partage de la terre, pourvu que ça dure!

    0
    480


    Contrat social ou règlement à l’amiable ? La colline SAMVURA de la commune MABANDA en province MAKAMBA connait une réinstallation timide des réfugiés de 1972. Un retour plein de surprise et de tristesse pour une centaine de familles déjà recensée, elles ont déjà perdu la moitié de leurs propriétés.

    Ils ne se verront pour la 1ère fois qu’un bon matin de décembre 2008. Tous âgés d’une soixantaine d’années, Norbert BITABONEKA et Gordien HEBERI se réclament propriétaires d’une même parcelle de 2ha de la colline SAMVURA. Hutu et Tutsi, ces deux hommes sont victimes d’une crise sociopolitique qui n’a que trop duré. L’heure est à la recherche d’un terrain d’entente.

    A 22 ans, le jeune Norbert BITABONEKA de l’Ecole Normale de GITEGA échappe de justesse à un escadron de la mort qui a pris pour cible, les intellectuels Hutu en 1972.Il tente de regagner SAMVURA sur un laisser passer lui accordé par Cyrille SINDUHIJE, alors commandant du 3ème bataillon militaire de GITEGA. Mais hélas, sa colline natale est presque inhabitée. Sauf des vieillards de l’époque, tous les jeunes Hutu avaient déjà vidé les lieux vers la Tanzanie, Norbert ne verra sa famille que plus tard au camp des réfugiés de GATUMBA au district de MPANDA dans la région de Dar es Salam.

    Animé d’esprit de poursuivre ses études, Norbert ne va pas tarder au camp. Il jouit d’une assistance des pasteurs protestants qui l’ont choisi deux ans après l’exil, pour aller au Zaïre dans la région de BUKAVU où il obtint en 1977 son diplôme de moniteur avant de rentrer au camp pour enseigner les enfants du pays. Le retour au Burundi était presque utopique pour la plupart de ses compatriotes jusqu’en 1993, l’année pendant laquelle feu président Melchior NDADAYE fut élu. Mais l’espoir pour ces réfugiés burundais ne durera que le temps de la rosée.

    Après 36 ans d’exil, l’heure du retour au pays a sonné. Sur promesses du gouvernement burundais, de la Tanzanie et du HCR, Norbert BITABONEKA accepte de rentrer dans son ancienne propriété de SAMVURA. Mais trop tard, Gordien HEBERI, un Tutsi de MINAGO s’y est déjà installé depuis 1974 sur accord du gouvernement alors que la loi burundaise accorde le droit de propriété au terme de 30 ans d’occupation. A SAMVURA, Norbert et Gordien jouent provisoirement au « Qui perd, gagne » en attendant l’application des conclusions récemment prises par la Commission Nationale des Terres et autres Biens (CNTB).

    Le « couple » Norbert et Gordien n’est pas isolé d’autres cas de figure, des centaines d’autres familles sont déjà recensées par l’administration à la base, a indiqué Elias KABURA chef de colline SAMVURA, élu parmi les résidents. Il vit dans un terrain anciennement occupé par la famille d’un refugier NTIRUNENA qu’il n’a jamais rencontré jusqu’ici. Un nom qu’il n’apprendra que sur l’accusé de réception de la parcelle lui accordée par l’administration en 1974, nous a confié cette nouvelle autorité de SAMVURA. Au titre de chef de colline, Elias KABURA se dit prêt à partager la terre avec cette famille au cas où elle venait de rentrer.

    Cependant, le partage de la terre n’a pas été accepté par tous les concernés aussi bien chez les rapatriés que chez les résidents, des règlements de compte ne sont pas à écarter. Un cas a déjà été documenté par l’administration sur un rapatrié retrouvé mort en novembre 2011, l’actuel chef de colline SAMVURA l’a confirmé. Elias KABURA explique qu’une solution durable est d’accepter le compromis de partage de la terre avec possibilité d’indemnisation comme prévu par les accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation du peuple burundais. Une solution qui n’est en tout cas sujet à caution par le gouvernement du Burundi.

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici