Interview avec la ministre Odette Kayitesi

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    {{La production du café a chuté de 45,000 à 10,000 tonnes en 10 ans. Certains fermiers citent le prix de café en chute libre– de 630 FBU à 400 FBU le kilo de café cerise en deux ans selon des caféiculteurs interrogés par la
    Radio Isanganiro, sur la colline Mpishi de la commune Musigati (province Bubanza) et la nécessité plus urgente de faire pousser d’autres plantes sur les espaces initialement occupés par le caféier. D’autres, y compris Président Pierre Nkurunziza, regrettent d’un “manque d’intérêt” des caféiculteurs.

    Odette Kayitesi, ministre l’agriculture et élevage, dit que la crise qu’a connu le Burundi est l’une des causes de la chute en production du café. Pour elle, toutes les parties prenantes doivent s’investir afin d’accroître la production de cette culture qu’elle considère comme de l’or au Burundi. Elle dit aussi que le gouvernement travaille sur la stratégie du développement de la filière.

    La Radio Isanganiro s’est entretenu avec la ministre à propos des solutions possibles pour le retour à la raison des caféiculteurs.}}

    {{
    Radio Isanganiro (R.I): Ca fait quelques temps qu’on entend que la
    production du café a chuté. Quelles sont les causes principales de cette chute?}}

    {{Odette Katitesi (O.K)}}: il y a la crise sociopolitique que le Burundi a connu
    pendant plus de 15 ans. Il y a eu beaucoup de mouvements de la
    population, soit à l’intérieur du pays soit à l’extérieur, ceux qui se
    sont exilés n’ont pas pu entretenir leurs caféiers correctement. Ca
    fait qu’il y a eu une longue période de relâchement de l’entretien des
    caféiers.

    La culture du café au Burundi date de très longtemps. Depuis la
    colonisation on a installé les premières plantations du café. Le grand
    problème lié à la filière du café est le vieillissement des vergers.
    Il y a des caféiers qui ont plus de 60 ans, donc la productivité n’est
    plus à jour. Il faut aussi qu’on se situe dans la logique mondiale.
    Nous sommes confrontés au problème de changement climatique. Tantôt il
    y a des pluviosités élevées, tantôt il y a la grêle ou
    l’ensoleillement qui dépasse les normes, ce qui fait que la
    productivité du café est confrontée à ce problème du changement
    climatique.

    Il y a aussi question de la surpopulation et le manque du paillage.
    S’il n’y a pas de paillage, s’il n’y a pas d’entretien correct des
    vergers, la productivité en dépend. Il y a aussi le politique de
    privatisation de la filière qui n’a pas été comprise correctement par
    les intervenants dans la filière café. Il y a beaucoup de mots qui ont
    été dits d’ici là pour dire voilà, le gouvernement n’est plus là pour
    nous. Donc, il fallait d’abord expliquer à la population que la
    privatisation ne compromet pas l’action gouvernementale. Le gouvernement est là. Le gouvernement a créé l’Autorité de Régulation de la Filière Café (ARFIC) pour être à
    l’intérieur de la filière et pour jouer son rôle de gardien. Mais il
    fallait d’abord expliquer à la population, et montrer à la population
    avec des actions concrètes, pour que la population puisse voir qu’on
    est là, qu’on est pour eux, qu’on est pour l’encadrement, pour
    l’éducation, pour la formation, mais aussi pour la recherche
    agronomique . Je me dis qu’il y a quand même des perspectives
    d’avenir qui nous montrent que nous avons un meilleur avenir pour la
    filière café, surtout parce que maintenant tous les intervenants
    convergent vers le même but. Nous avons besoin d’améliorer la
    productivité et la production du café. Nous devons conjuguer tous nos
    efforts pour l’amélioration de la production de la filière, et si on
    est ensemble, on va trouver une solution.

    {{R.I: Parmi les problèmes auxquels font face les caféiculteurs
    figure un problème de manque d’engrais chimiques. Quelle est la position du gouvernement par rapport à ce problème?}}

    {{O.K}}: La position du gouvernement est partagée avec les
    intervenants dans la filière café. On produit parce qu’on a investi.
    Donc, on doit investir dans les entrants agricoles pour pouvoir
    améliorer la production et la qualité du café. On doit inciter toutes
    les parties prenantes à investir, et ce dans la période voulue, pour
    que ces entrants agricoles puissent être apprêtés à temps. Ce
    qu’il faut comprendre, c’est que les engrais et les produits phytos
    pour l’agriculture, ce sont des produits qu’on doit acheter. Donc,
    dans les couts d’investissement dans l’agriculture on doit y mettre la
    rubrique sur les entrants agricoles y compris les fertilisants. Le
    gouvernement est toujours aux cotés des agriculteurs. C’est pour cette
    raison même que nous venons d’avoir une aide de la Banque
    mondiale pour un programme de pilotage d’un programme d’augmentation
    de la production du café, d’une enveloppe pilote de 4,2 millions de
    dollars, pour inciter l’engouement de la population à investir dans
    les entrants agricoles. La question du paillage a été insinuée quand
    on était sur le terrain à Bubanza, pour dire qu’on doit mettre du
    paillage pour garantir la conservation d’eau dans les racines. Il sert
    aussi à la longue du fertilisant bio. Le gouvernement est là pour
    former, pour encadrer, pour être tout près des producteurs, pour leur
    montrer comment il faut faire pour produire mieux que ce qu’ils
    produisent, en investissant dans le secteur caféicole. Avec l’Autorité
    de régulation de la filière café, le gouvernement tout entier est
    engagé à soutenir la filière café, que ce soit par réglementation ou
    le suivi rigoureux de la filière café.

    {{R.I: Dans les pays sud-américains, il y a des journées de
    sensibilisation régulières des caféiculteurs, par exemple ce qu’on appelle
    des journées nationales du café. Est-ce que
    le gouvernement burundais ne peut pas s’inspirer de ces exemples
    sud-américains pour augmenter la production du café?}}

    {{O.K}} : Le gouvernement a déjà signifié qu’on doit avoir une
    journée par semaine pour l’entretien des caféiers. A côté de cela, il
    y a trois ans qu’on a organisé la Coupe d’excellence, où on fait une
    compétition pour les meilleurs producteurs du café de qualité au
    Burundi. Le Burundi a eu la chance d’être appuyé par nos partenaires
    pour la dégustation et la certification du café. On est maintenant à
    la troisième édition de cette campagne d’excellence pour le café, qui
    a montré que le Burundi produit quand même un café de qualité. Cet
    esprit de compétition a suscité l’engouement à faire mieux. Maintenant
    nous sommes dans la phase de l’homologation et certification de la
    qualité du café pour que notre café soit concurrentiel sur le marché
    international. Le Burundi va accueillir au mois de février 2014 une réunion internationale du café. On va recevoir plus de 700 délégués. C’est la première fois que le Burundi
    ait été retenue comme pays hôte de cette grande réunion. Ce sera une
    occasion pour le Burundi de vendre notre pays, de voir l’image du pays
    dans le concert des nations. On va même faire des descentes sur le
    terrain avec toutes ces délégations de tous les continents. Ce sera
    pour nous une occasion propice de montrer ce dont on est capable.
    Notre café a été certifié au niveau international comme café de
    qualité, il faut qu’on ait aussi l’occasion de le vendre, et de
    montrer au publique ce qu’on est capable de faire.
    Au niveau du gouvernement, on est en train de faire tout pour que
    cette filière soit mise au juste niveau. Nous sommes en train
    d’actualiser la stratégie du développement de la filière. Nous sommes
    en train de faire des études avec l’aide de nos partenaires et de
    l’Organisation International du café pour voir ce qu’il faut faire
    pour mieux gagner.

    {{R.I: Qu’en est-il des rumeurs selon lesquelles certains
    caféiculteurs auraient détruit leurs plantes pour pratiquer
    l’agriculture de subsistance?}}

    {{O.K}}: C’est vrai qu’il y a des rumeurs qui disent qu’on est
    en train de démolir les vergers pour planter d’autres cultures. Quand
    on faisait des descentes sur le terrain, c’était pour sensibiliser les
    caféiculteurs. Tout changement suscite toujours des questions. C’est
    donc la communication qui est indispensable pour garantir des
    résultats. A notre niveau, nous réagissons. Nous faisons des
    collaborations avec des associations des caféiculteurs (et avec)
    Intercafé, qui appuie donc tous les intervenants de la filière café.
    On a mis en place des moniteurs agricoles qui se chargent
    spécifiquement du café et qui aident la population à intérioriser
    comment il faut faire pour augmenter la productivité. Je suis très
    convaincue que si on travaille collégialement, sans se
    cacher quoi que ce soit, la réponse sera trouvée.

    {{ R.I: Enfin, quelle est la place qu’occupe ce secteur dans
    l’économie et les exportations burundaises? }}

    {{O.K}}: Le Burundi est, comme vous le savez, un pays qui vit
    essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Plus de 90% de la
    population est agricole. Les filières d’exportation sont notamment le
    café, qui occupe une place de choix, et le thé. Donc, la place du café
    est très considérable dans le produit intérieur brut de notre pays.
    C’est un produit qui génère des devises pour le pays et aussi qui
    donne des moyens de survie pour la population rurale. Nous devons
    protéger notre café parce que c’est notre or. Si l’on n’a pas de
    pétrole ni de minerais, on doit jouer sur le café. On a l’obligation
    de faire en sorte que le café soit préservé.

    Propos recueillis par Irène Pratka et Désiré Nimubona

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