
Le président de l’Association de Défense des Droits des Prisonniers et de l’Homme Pierre Claver Mbonimpa a présenté aujourd’hui à la Police Judiciaire de Bujumbura ce qu’il qualifie de « preuves » sur la présence des jeunes armés burundais au sol congolais.
Selon le président de l’APRODH, qui était d’ailleurs assisté par deux avocats dont Me Armel Niyongere, ce n’est plus un secret, il y a des jeunes burundais qui sont parti au Congo, aidés par certains agents des renseignements burundais.
« Ils partent pour des entrainements militaires au Congo. Nous avons appris que cinq d’eux ont été arrêtés par les forces de l’ordre du Congo et ont été emprisonnés dans une prison de Bukavu. Les renseignements burundais sont alors partis les récupérer et les ont gardés pendant des jours. Ils ont été libérés le 29 mars 2014 vers 15h » déplore le président de l’Aprodh.
Selon lui, ce sont ces jeunes qui ont fait que cette organisation ouvre les yeux sur ce qui se passait à cette époque.
« Nous les avons accueilli au bureau, ils étaient presque nus, sans vêtements et nous les avons logés pendant deux jours, nous les avons achetés de nouveau vêtements avant de les aider à regagner leurs familles » annonce Mbonimpa qui ajoute que ces jeunes lassés par la vie dans un camp d’entrainement militaire, ils affichaient une humeur de fatigue et de déception.
Une autre preuve présentée par le président de l’Aprodh, ce sont des photos. Une dizaine de photos avaient été étalées sur sa table. Certaines montrent des jeunes hommes armés de fusils en tenues militaires, avons-nous constaté.
Selon le président de cette ONG, « il s’agit des photos prises par des gens qualifiées pour le faire bien que ceux-ci ont du se cacher. Ce sont des photos prises dans ce même camp dont il est question ici » souligne le président de l’Aprodh montrant certains visages sur ces photos, qui, selon lui, sont des gens connus ici à Bujumbura.
{{Des victimes signalées. }}
Selon le président de l’Aprodh, il y a eu des victimes d’une attaque qui a eu lieu la semaine dernière.
Selon lui, au moins cinq personnes ont été identifiées par son organisation. Il s’agit essentiellement Kwizera Ferdinand du secteur Gicuba de la commune Mpanda dans la province de Bubanza. Selon Mbonimpa, ce jeune apparait parmi les gens tombés à l’est du Congo. Il précise que ce jeune a comme père un certain Mahiyabu Elie, habitant la même localité que son fils.
Une autre victime dévoilée par le président de l’Aprodh à la Police Judiciaire ce matin, c’est Ngendanzi Heri dont le frère a lui, échappé, et a été retrouvé vivant malgré des informations selon lesquelles il avait été tué.
Ces deux frères, selon le président de l’Aprodh proviennent du secteur Gifurwe dans la commune de Gihanga.
Le cas le plus frappant selon PC Mbonimpa c’est le cas aussi d’un autre jeune du nom de Désiré. Pour celui-ci son nom n’est pas connu, mais Mbonimpa souligne que « l’épouse de la victime a été obligée de prendre quelques billets » pour la calmer selon lui, sans préciser qui a donné cet argent.
{{Interdit d’observer le deuil comme d’habitude }}
L’Aprodh dit avoir rencontré des parents des jeunes tombés à l’est du Congo. Mais son organisation déplore que ces familles « sont interdites de faire le deuil. Nous sommes en contact avec leurs familles et elles nous disent que certains agents de l’Etat leur interdisent de faire le deuil » ajoutant que ces familles sont soumises aux pressions pour ne pas dire quoi que ce soit.
Selon lui, il y en a même ceux qui sont contraints de recevoir quelques billets pour garder le silence donnant l’exemple de la femme d’un certain Désiré de Bubanza qui a du empocher de l’argent et obtenir quelques sacs de ciments pour retaper sa maison contre le silence afin de ne pas montrer au monde la mort de son mari tué au Congo.
{{Des noms et des hommes}}
Le président de l’Aprodh a aussi présenté des noms dont les mouvements à l’est de la République Démocratique du Congo sont suspects. Il s’agit, selon Pierre Claver Mbonimpa d’un certain Kazungu qui y va et revient « et arrive même à passer la nuit dans ce camp d’entrainement des jeunes à l’est du Congo ».
L’Aprodh trouve que cet homme qui est connu dans les dossiers louche mais aussi au sein des Services de Renseignement sais aussi les circuits de recrutement des jeunes conduits au Congo raison pour laquelle, il devrait lui aussi être entendu par les enquêteurs.
Ces noms c’est encore un certain Joris Ingabire. « Malgré qu’il est emprisonné à cause d’un viol d’une mineure, est connu pour avoir participé dans les recrutements des jeunes depuis 2013 » qu’il a lui-même accompagné au Congo.
L’autre nom ou l’autre homme c’est un certain Egide, de Kinama au nord de la ville de Bujumbura qui est connu lui aussi en tant qu’armé car son fusil a été utilisé, selon Mbonimpa, lors d’une fusillade qui a eu lieu à Kinama il y a quelques jours.
Les deux premiers, c’est-à-dire Kazungu et Ingabire ne sont ni policiers ni militaires, mais le président de l’Aprodh Pierre Claver Mbonimpa s’étonne « comment ils arrivent à mettre des effets militaires ou policiers et faire des navettes entre le Burundi et la RDC sans aucun problème ».
{{Des enquêtes sans le savoir (et sans le vouloir) }}
Il semble que la justice est en train de mener des enquêtes sur cette présence des jeunes armés à l’est du Congo bien que le pays avait refusé de les faire, a conclut le président de l’Aprodh.
« Même s’ils avaient refusé de conduire des enquêtes, je crois qu’ils sont entra in de les faire maintenant. C’est pourquoi nous les avons aidé en fournissant des preuves à la police judiciaire » souligne le président de l’Aprodh.
Le Gouvernement du Burundi les ONG proches de celui-ci et certains acteurs ont rejeté en bloc toute information en rapport avec la présence des jeunes armés au Congo parlant de simple « rumeurs » allant même jusqu’à demander des sanctions contre les médias accusés de rependre cette rumeur.
Le Gouvernement attend la fin des enquêtes pour pouvoir faire son commentaire, nous appris une source de la présidence de la République.
« Le dossier est encore en instruction le porte-parole (du président, Ndrl) ne peut pas réagir avant la fin des enquêtes » nous révèle une source de la présidence jointe par téléphone ce lundi soir.
NB: Pour respect du Code et Déontologie de la Presse et de la vie privée des mort et de leurs familles, la photos des jeunes tués au Congo n’a pas été publiée.




