
Envoyé par Sébastien Ntahongendera
{{La pire vérité, oui vous avez bien lu ; eh bien la pire vérité sur le sort de M. Léandre Bukuru vient, enfin, de se savoir : Arrêté à son domicile dans la ville de Gitega (la deuxième du pays) ce dimanche 13 novembre pour une direction inconnue, le désormais dénommé feu Bukuru a été retrouvé en détails. Mais comment voulez-vous que je le dise autrement, puisque son corps étêté a été retrouvé à Kiremera, sa tête à Bwoga, donc dans deux communes différentes?}}
Rappel des faits :
Dimanche 13 novembre, ce membre très actif du Parti MSD se fait embarquer dans un véhicule de la police (les fameux Kizunguzungu) immatriculé A.107.A. PN. Impossible de se tromper ; c’est le véhicule de service du Commissaire de la Police en province Mwaro. Le lendemain, des « bobards dignes de foi » font état d’un corps étêté par des policiers et qui gît sur la colline Kiremera en commune Giheta (une dizaine de km de Gitega ). Jeannette ne se méprend pas ; il s’agit bel et bien d’une partie du corps de son époux. Sans aucune autre forme de procès, la hiérarchie de l’administration locale fait enterrer le corps mutilé. L’épouse sinistrée tente le tout pour obtenir des autorités habilitées l’exhumation du corps mutilé, son autopsie et son ensevelissement digne. Rien n’y fait. Même le cœur du gouverneur de province ne sera pas assez touché pour exhausser rondement sa demande. Jusqu’à l’heure où je mets en ligne ceci, elle se fait ballotter de service à service comme du cuir sur un terrain de foot !
Et pendant que les autorités la tournent en bourrique, la vérité, elle, continue à s’empirer : pas plus tard que ce mercredi, la tête de feu Bukuru a été retrouvée sur la colline Bwoga (une dizaine de Km du centre de Gitega) et, le pire de l’indignité humaine, dans un trou des w.-c, plus exactement dans l’enceinte d’une église de l’Eglise ESEBU. A l’heure où je mets en ligne ceci, cette autre partie du corps de Bukuru repose dans la morgue de l’Hôpital Central de Gitega.
La police nationale burundaise ! Un service qui sent vraiment la nausée ! Et je pèse mes mots. De toute façon, qui a à parler du diable ne cherche pas ses mots dans le champ lexical de la hagiographie ! Eh oui ! On me dira : « Oui ; tu vois, c’est quand même des éléments de la police et non la police, etc. » ! Quand dans un camp les cas isolés se généralisent, c’est que c’est tout le camp qu’il faut isoler ! Et puis, le hic, c’est que la police même ne s’en n’est pas lavée les mains, bien au contraire ! Et pendant que cette saga alimente les débats y compris dans les chancelleries qui se demandent jusqu’où veut aller cette institution dans sa barbarie moyenâgeuse, il faut écouter comment les services ou les personnes impliquées rivalisent de mensonges pour se couvrir, des mensonges autant sadiques que ridicules : interrogé sur l’affaire de son véhicule, le Commissaire de Police en province Mwaro affirme mordicus, par exemple, que « son véhicule se trouvait à son domicile au fait des fait ». Pour Chanel Ntarabaganyi le sulfureux porte-parole de la police, « le véhicule en question se trouvait au garage » ! Qui croire, qui ne pas croire ? Personne !
Et demain, le procureur nommera une commission ; et une année après, deux ans, dix, jamais, on ne saura jamais « la vérité » ! Moi je la sais, les familles éprouvées aussi, l’opinion mêmement. Ah ! Bwoga » ! Akabi karazi gusa n’akandi (les maux savent être solidaires), disent les Burundais : si vous saviez que le corps de notre dernier roi Charles Ndizeye « gîterait » à Bwoga, où, après lui avoir arraché le souffle le 29 avril 1972, les micomberistes l’auraient subrepticement enterré ! Toute proportion gardée, les événements qui ont mis la mèche sur le torchon de la Révolution du Jasmin n’ont, en gravité, aucune commune mesure avec ceux qui secouent le Burundi depuis les élections calamiteuses de l’été 2010. Si les Burundais n’avaient pas été si éprouvés qu’ils ont perdu le sens du devoir de se battre pour leur dignité ( chez nous, même la décapitation gratuite rentre désormais dans l’ordre naturel des choses), Gitega pourrait facilement devenir un autre Sidi Bouzid, tout comme Bujumbura-Rural un Benghazi, tout comme Gatumba un « place Talhir »…, j’en passe et j’en oublie !




