Opinion d’un internaute: E.M.Ndayirukiye

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    Depuis le début du mois de Mars 2012,le Burundi a basculé en quelques jours dans un climat politico-social malsain et inquiétant, comme conséquence de trois types d’actes impopulaires de la part soit, du gouvernement soit d’autres institutions du pouvoir. Il sera par conséquent difficile de réparer rapidement le mal fait ou de gérer les conséquences de ces actes : l’augmentation exponentielle des tarifs de l’eau et de l’électricité par la REGIDESO, les déclarations ambigües du Chef de l’Etat lors du récent congrès du CNDD-FDD en date du 30 mars 2012 et le recensement ethnique en cours dans les organismes publics.

    {{1. L’augmentation des tarifs de l’eau & l’électricité.}}

    A la suite de cette augmentation divers syndicats et les Associations de la société civile n’ont pas tardé à dénoncer le caractère unilatéral de cette mesure prise par la REGIDESO et ses conséquences néfastes sur les conditions d’existence pour la majorité des Burundais.

    Faute pour le gouvernement d’être attentif à ces revendications, les organisations précités ont mobilisé l’opinion publique et appelé les travailleurs à observer une journée de grève générale le 27 Mars 2012 en protestation contre le coût de la vie devenu incontrôlable et, surtout, contre l’immobilisme du gouvernement face à cette situation. Par cette action, ils ont voulu attirer l’attention du gouvernement sur la gravité de la crise et la nécessité d’agir pour trouver une solution viable.

    Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, n’a pas eu d’autre réaction que d’exprimer son irritation contre ce qu’il a rapidement vu comme une connivence, autrement dit un ” complot” anti-gouvernement, de ces organisations et de l’opposition politique structurée. Pendant que les deux Ministres principalement concernés (Intérieur et Fonction Public) utilisaient l’intimidation et la menace de représailles contre les auteurs de la grève générale, le porte-parole du gouvernement et ceux qui l’appuient affirmaient que ces organisations ne représentent pas la population, que celle-ci ne les a pas élues et que, par conséquent, elles n’ont pas le droit de s’exprimer publiquement en son nom.

    Cette conception dénote manifestement la méconnaissance du rôle des organisations, qui est justement de défendre les intérêt de leurs membres et, au-delà, l’intérêt collectif. Sinon, suivant la même logique, on devrait considérer aussi que même l’exécutif , stricto sensu,( gouvernement), qui n’est pas élu par le peuple mais simplement “désigné” d’en haut ne représente pas non plus cette population. Donc, l’argument selon lequel les associations et syndicats ne représenteraient pas la population parce qu’ils n’ont pas de mandat s’appliquerait également au gouvernement. Vaste débat !

    Au lieu de se sentir, à juste titre, interpellé par la gravité de la situation le gouvernement, mal conseillé et visiblement dominé par ceux qui ne sont accrochés qu’aux nombreux avantages dont ils bénéficient, se distingue par son immobilisme et crée la diversion en s’en prenant aux organisateurs de la grève.  

    2. {{Les déclarations ambigües du Chef de l’Etat lors du congrès du CNDD- FDD.}}

    Comme si ce n’était pas assez, lors du Congrès du Parti au pouvoir le 31 Mars 2012, le Chef de l’Etat fait des déclarations qui étonnent et qui avalisent la coupure du pays et de la société en deux camps, à savoir d’un côté les “rassasiés” et, de l’autre, les “affamés”. Ces propos du chef de l’Etat ont choqué beaucoup de citoyens pour deux principales raisons.

    D’abord, parce qu’il s’agit de déclarations du Chef de l’Etat. L’occasion était bien l’élection du Président du Parti et non pas du Président de la République lui-même. Celui-ci aurait donc pu laisser à quelqu’un d’autre le soin de commettre (éventuellement) la ”gaffe” et se serait dispensé de tenir la vedette à la place de l’élu du jour, Pascal NYABENDA.

    Ensuite, la métaphore utilisée par le Chef de l’Etat, si métaphore il y a, a choqué plus d’un. En effet, les propos tenus publiquement par le Chef de l’Etat ne sont pas à confondre avec conversation privée “au coin du feu” dans un cercle de quelques intimes acquis d’avance à la cause. Dans des circonstances semblables, le peuple s’attend à ce que les propos d’un Chef de l’Etat soient unificateurs, sans triomphalisme excessif et, plus important, qu’ils collent à la dignité de la fonction présidentielle.

    Enfin, en tournant en dérision une partie du peuple éventuellement mal nourrie et vivant mal, sans que cela soit de sa faute, la métaphore a été ressentie comme inopportune et de mauvais goût. En effet, l’image et cette allusion au chien famélique “ Mujeri” a évidemment passé très mal dans le subconscient collectif et l’opinion publique burundaise, dont tout le monde sait que la culture ancestrale l’identifie avec le mépris absolu de celui avec qui on le compare.

    Malgré les tentative embarrassées, sans convaincre, de l’un ou l’autre porte-parole de donner une interprétation différente à visage plus humain, le mal était déjà fait et la rupture psychologique consommé entre le camp des uns et des autres. Ceux qui conseillent le Chef de l’Etat et l’encouragent à traiter différemment et diviser le peuple qu’il dirige en amis (à ”choyer”) d’un côté,) et en ennemis (à ”bannir”), d’un autre côté se trompent, lui rendent un mauvais service en réalité et font extrêmement tort au peuple Burundais. Ils (le Président en tête)devraient se rappeler et méditer le sage adage en Kirundi, qui dit : ”Umuhanuzi mubi angana umurozi”. Traduisez : “un mauvais conseiller équivaut un sorcier” ! Même la Bible (beaucoup croient heureusement en la parole de la Bible) l’a prédit : “Muririnda abahanuzi b’ikinyoma” Signifie : méfiez-vous des faux conseillers … Cependant, il ne doit pas y avoir d’équivoque. Le Chef de l’Etat reste ”Chef d’Etat” en dépit d’un éventuel dérapage verbal. Si, comme partout en démocratie, il est permis de critiquer ses propos ou de contester ses faits et gestes, personne n’est pas autorisé à l’insulter. C’est pourquoi il faut tempérer ses critiques et cet espace ne doit pas servir de plate-forme pour ceux qui voudraient en profiter pour régler les comptes par internet interposé. C’est pourquoi je conseillerais d’ailleurs les diverses rédactions des sites à ne pas laisser publier n’importe quoi, comme ces attaques personnelles méchantes, car elles ne construisent pas non plus.

    Mr. Frédéric BAVUGINYUMVIRA, aujourd’hui Vice-Président du FRODEBU après avoir co-dirigé ce Pays et qui, donc, sait de quoi il parle, choqué par ces propos, a rappelé clairement la signification de cette comparaison hasardeuse du Président de la République : la séparation du peuple en deux catégories, d’un côté les partisans du CNDD- FDD, “choyés, sympathiques”, bien engraissés (c’est mon terme), etc. faisant des jaloux à cause de leur confort ostentatoire. D’un autre côté, les autres, opposants déclarés et leurs alliés objectifs, de préférence parmi les “mal nourris”, ou pas du tout, qui tentent d’arracher (d’ailleurs sans succès) en bravant tous les dangers, un petit morceau quelque part, sur une chasse gardée ! Je rends en passant hommage à Mr F. BAVUGINYUMVIRA, un des rares hommes politiques en vue qui exprime, généralement, des prises de position, sages, pondérés, sans agressivité inutile, plat quotidien pour certains autres.

    {{Que peut-on reprocher au gouvernement, que faire ?}}

    On peut certainement reprocher à ce gouvernement son immobilisme et son un attentisme. Partout ailleurs, un gouvernement digne de ce nom se sentirait directement interpellé en pareilles circonstances et montrerait plus de sens de responsabilité. A la place, il a excellé à se boucher les oreilles, à refuser de reconnaître la réalité de la vie chère et à ignorer la forte pression qu’elle exerce sur la plupart des ménages dans ce pays et à recourir à intimidation contre la société civile et l’exercice du droit de grève, pourtant constitutionnellement reconnu.Est-ce que la vie chère n’est pas une réalité et affecte l’immense majorité au Burundi ? Si ces acteurs de la société civile et les syndicats n’en parlaient pas, vous, gouvernement, vous n’auriez rien vu passer ? Vous ne feriez rien ? Alors, à quoi vous servez ?

    Il était grand temps, et légitime que ces organisations au moins se lèvent et interpellent toute la communauté , mais principalement vous à qui incombe particulièrement la responsabilité de “l’état de la Nation BURUNDI “. Il est temps de vous secouer si vous savez pourquoi vous avez été nommé à ces postes.Si vous vous sentez bien à l’aise et provisoirement à l’abri du besoin, de la crise et de son onde de choc, au contraire la majorité du peuple souffre. Ce qui fait souffrir encore plus, c’est votre indifférence, votre intransigeance et, au bout, votre manque d’initiative alors que c’est de vous qu’on attend la résolution, si pas des conflits, au moins des problèmes économiques du pays.

    {{3. Le recensement ethnique dans les organismes publics.}}

    Comme un véritable “pavé dans la mare”, un recensement insensé (parce que irréfléchi, inopportun et tendancieux- sans neutralité- et sans résultat positif attendu) vient d’être lancé en vue d’identifier les ethnies des personnels dans les entreprises étatiques avec,en tête, tenez, la REGIDESO, principal “bastion” de l’invention des “tarifs vie chère” ! Evident que l’exercice est plus facile que de faire réaliser un audit, autrement plus exigeant, tandis que, pour le “recensement-enquête” il suffit de mettre des croix sur le formulaire. Pour cela, la REGIDESO est capable et ne se laisse pas prier !

    En plus, une dérive verbale hystérique à connotation ethnique se développe chez les partisans de ce recensement absurde, qui cache mal l’incapacité pour le gouvernement d’apporter des solutions viables aux problèmes de notre pays dans la cohérence, la paix, la sérénité.

    {{Conséquences pour le BURUNDI en tant qu’Etat membre de la CEA.}}

    Aujourd’hui, la géographie du Burundi a complètement changé depuis son adhésion à la CEA comme membre à part entière. Désormais en tant que membre et pour son propre intérêt, le BURUNDI doit jouer loyalement le jeu au sein de la communauté est-africaine et il y v a de son salut.

    Au lieu de laisser frileux, le Burundi devrait se montrer plus ambitieux et entreprendre résolument des réformes qui renforcent sa position dans l’EAC, institutionnalisation, par exemple, du bilinguisme Français/Anglais dans les administration et, en particulier, dans l’enseignement de l’Anglais où le secteur privé peut jouer un rôle capital par la création et la multiplication des écoles et centres d’enseignement de l’Anglais remplissant les normes.

    Dans ce domaine le Burundi peut s’inspirer du modèle d’autres pays, en Afrique ou ailleurs, qui ont pris cette option et où le régime bilingue francophone-anglophone est une réussite économique et sociale, à l’exemple du Cameroun, Ile Maurice, Canada, etc.

    L’intégration et l’encrage définitif de notre pays au sein de la CEA devrait être une des priorités du Gouvernement. Malheureusement, le constat est qu’un pays comme le nôtre, enraciné dans ses dissensions internes, incapable de rompre définitivement avec les démons divisionnistes du passé et s’enracine dans ses querelles intestines ne pourra pas s’adapter facilement pour suivre le rythme de ses pairs. Dans le meilleur des cas, il doit s’attendre à ramer deux fois plus que les autres pour ne pas toujours rester à la traîne ! S’il ne fait pas cet effort spécial d’adaptation, le Burundi risque de continuer à être considéré comme un pays toujours “enclavé”, ligoté dans ses problèmes internes. Or, plus grave que l’enclavement géographique est l’enclavement mental.

    Terminons par cet autre constat en recommandant plus de cohérence dans les choix stratégiques de notre pays. On entend beaucoup parler de l’amélioration du climat des affaires par les diverses réformes pour attirer les investissements étrangers, ce qui est bien et le Burundi semble avoir pour le moment une bonne côte en matière de législation. Cependant les investisseurs ne vont pas se bousculer lorsqu’ils vont se rendre compte qu’ils n’auront pas de véritable “liberté d’entreprise” au Burundi, s’ils sont obligés d’ajouter la dimension ethnique à leur cahier de charge, par exemple pour les partenariats et l’embauche.

    La liberté d’entreprise étant capitale pour ces investisseurs, il faudra bien qu’on sache une fois pour toutes ce qu’on veut réellement et éviter ce double langage permanent. Même dans le monde des affaires, cela est important.

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