L’éducation n’a pas de limites

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    A 34 ans, Rémégie Nibogora a enfin son diplôme—d’homme lettré.
    M. Nibogora a toujours rêvé d’être homme d’affaires, mais pendant
    longtemps le destin lui réservait un autre sort.

    Il est né en province Muramvya des parents cultivateurs, déplacés au
    gré des crises ethno-politiques. Pour ses parents, les écoles
    primaires publiques étaient hors de prix. Ils l’ont inscrit dans un
    programme éducatif de l’Eglise catholique, mais il a seulement appris
    le kirundi parlé et le chant. Au bout de six ans, il pouvait à peine
    reconnaître les lettres de l’alphabet. Adolescent, il est parti à
    Bujumbura chercher du travail comme beaucoup de jeunes de la campagne.

    Quand l’Association des travailleurs ménagers du Burundi, basée à
    Ngagara, a démarré un programme d’alphabétisation adulte il y a un an, le jeune cuisinier était partant. « Je voulais simplement apprendre pour me développer, » explique-t-il. Et maintenant? « Je suis capable de lire et d’écrire. »

    Plus de 200 travailleurs ménagers de tous âges sont inscrits dans la
    formation d’alphabétisation organisée par l’ATM. La formation a été
    mise en place il y a un an, et depuis, plus de 1000 domestiques l’ont
    suivie.

    « On les forme principalement en kirundi, puis on offre le français et
    ensuite l’anglais, » explique Christophe Havyarimana, porte-parole et
    chargé des projets à l’ATM, juriste de formation devenu enseignant
    d’alphabétisation.

    « Apprendre à écrire prend beaucoup de temps, mais dans deux ou trois
    mois les gens peuvent lire et écrire le kirundi. Pour les gens qui ont
    fini le programme en kirundi, on n’a pas trop de problèmes avec le
    français. »

    Le diplôme d’alphabétisation ouvre la porte non seulement à des
    formations en d’autres langues mais aussi à une formation en droits
    humains, explique M. Havyarimana.Il y a aussi des formations en arts
    culinaires, comportement au travail et gestion financière.

    « Souvent, les gens viennent de l’intérieur et ils n’ont pas la
    moindre idée quoi faire une fois rendus ici, » déplore M.Havyarimana.
    « On les enseigne comment épargner de l’argent, comment gérer un
    budget, comment se comporter envers les patrons, et cetera. »

    La plupart des apprenants sont des adultes qui n’ont pas pu se payer
    une éducation primaire à l’époque où celle-ci était payante. Le taux
    d’alphabétisation des burundais adultes, qui n’était que 35 pour cent
    il y a 20 ans, s’est élevé à 67 pour cent depuis l’instauration de la
    gratuité scolaire en 2005. Mais certains jeunes restent toujours
    exclus de ces progrès.

    « Ce qui se passe maintenant avec les jeunes, c’est la pauvreté qui
    pousse les enfants à fuir la maison et ils pensent qu’ils vont trouver
    de l’argent dans la capitale, ou les parents n’ont pas d’autre choix
    que d’envoyer leurs enfants chercher du travail en ville, » se désole
    Christophe Havyarimana.

    Les apprenants, adolescents et adultes, s’inscrivent de leur propre
    initiative et paient une cotisation de 1000 FBU par mois. Ce petit
    investissement était un grand pas en avant pour Rémégie Nibogora.
    « Avant, je ne savais pas lire ni écrire, alors des fois mon patron me
    donnait un liste pour aller au marché et il y avait des choses qui
    m’ont échappé. Maintenant que je peux lire et écrire, je peux faire un
    liste, justifier toutes mes dépenses, ne pas faire d’erreurs et ne pas
    me faire escroquer, » raconte le jeune cuisinier.

    Christophe Havyarimana a enseigné Rémégie Nibogora. « Je suis très,
    très fier de lui, » dit-il. « C’est formidable de trouver des gens que
    j’avais enseigné, qui peuvent maintenant lire et écrire. Maintenant je
    peux le prendre, par exemple, et le trouver des petits boulots à coté
    qui paient bien. »

    Outre les compétences, la formation a redonné à M. Nibogora ses rêves.
    « Je voudrais apprendre le français, l’anglais, le kiswahili et le
    commerce, » dit-il. « Puis, j’ai l’ambition d’apprendre aux autres ce
    que j’ai appris. Après, j’aimerais avoir un peu d’argent pour aller
    faire le commerce, au Kenya, je pourrais même aller en Angleterre ou
    en Chine pour faire des affaires, qui sait? »

    « Quand je ne savais pas lire et écrire j’avais l’impression d’être en
    dessous des autres. Maintenant, je peux marcher avec eux. »

    L’Association des travailleurs ménagers cherche des bonnes âmes pour
    fournir des ingrédients pour les cours d’art culinaire.

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