Rutana : Absence d’eau potable à Bukemba depuis cinq ans

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    Cela fait 5 ans que, chaque matin, Ndabirabe Pascal pousse, pousse son vélo portant trois à quatre bidons remplis d’eau. Et ce matin, le rituel a été le même. Il est 10 heures et demie ce jeudi 08 octobre. Dans la chaleur moite du Kumoso, il s’arrête de temps en temps, sort un mouchoir de sa poche et essuie les grosses gouttes qui perlent sur son visage. Très tôt à l’aube, il a quitté la maison, a dévalé les 3 kilomètres le séparant de la source aménagée. 3 heures après, Il rentre donc fatigué, mais heureux d’apporter à la famille le précieux liquide.

    La bouche sèche, Ndabirabe explique l’usage qu’il compte faire des trois bidons d’eau : ” Le premier est utilisé dans la cuisine, le second pour la vaisselle et la propreté des enfants; le troisième enfin pour la douche du chef de la famille et de son épouse”. Mais parfois cette quantité est insuffisante : les jours de lessive ou de réception de visiteurs. Ndabirabe fait alors un autre voyage vers la source. Ces jour-là, il aura consacré toute une matinée et un début d’après midi pour s’approvisionner en eau potable, pendant que son épouse s’emploie aux travaux champêtres.

    Ainsi va la vie sur la colline Kabanga, entre la vie des champs et la corvée de l’eau. La plupart des résidents n’ont pas la chance d’avoir un vélo comme Ndabirabe. D’après Marie, une autre résidente, une famille sans vélo a d’énormes difficultés pour survivre. Certains seraient obligés d’utiliser de l’eau des marais. La diarrhée et les vers intestinaux sont monnaie courante ici. La famille sans vélo a aussi du mal à cultiver son champ et ou de faire d’autres activités.

    Selon cette femme, pour pouvoir travailler dans ses champs, avec son vélo elle consacre une journée à puiser de l’eau qu’elle peut utiliser pendant deux ou trois jours. « Comme j’ai des grands bidons et un tonneau, je passe la journée à les remplir et, les jours qui suivent, deux ou trois au moins, je suis libre pour m’occuper de mes activités à la maison et dans les champs ».

    Pourtant des bornes- fontaines trônent là, au milieu du hameau; et des tuyaux, comme de grosses veines dans la chair asséchée de la terre, luisent au soleil. Mais les fontaines sont devenues avares et, en cinq ans, pas une goutte du liquide vital n’est sortie de leur ventre stérile.

    Excédés, les résidents de Kabanga crient leur fatigue vers l’administration : “A quoi servent les taxes que nous payons si, en retour, on ne peut nous donner de l’eau à boire?”. Un administratif rencontré sur place, sous couvert d’anonymat, promet que le problème sera bientôt fixé. Marie veut bien y croire; mais elle est sceptique : Comme hier, on va planter, on va moissonner; une autre année viendra; mais l’eau risque de ne pas être au rendez – vous.”

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