Depuis un moment, des témoignages et des reportages locaux parlent d’un phénomène surnommé “makanaki”. Il s’agirait de Burundais, principalement installés dans les communes proches de la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC), qui traversent volontairement la Rusizi pour s’installer dans les camps de réfugiés du côté congolais. Là-bas, ils bénéficieraient des services et aides accordés aux réfugiés. Une fois inscrits sur les listes du HCR, ils seraient rapatriés vers le Burundi avec tous les avantages que cela comporte, notamment un paquet de retour.
Les communes de Mutimbuzi, Gihanga, Buganda et Rugombo sont souvent citées dans ces récits. D’après plusieurs sources locales et journalistes burundais, certains habitants feraient de véritables allers-retours entre les deux pays. En RDC, ils s’installeraient temporairement dans les camps en tant que “réfugiés”, puis rejoindraient les convois de rapatriement du HCR – en recevant au passage l’aide financière prévue pour les rapatriés.
Le mot “makanaki” a été récupéré ici pour décrire cette stratégie opportuniste : entrer, sortir, recommencer.
Des témoignages qui confirment
Un habitant de Ndava, commune Buganda, affirme ouvertement avoir fait ce trajet deux fois, accompagné de ses deux fils. Son but : profiter des avantages offerts dans les camps de réfugiés en RDC, puis percevoir le paquet de retour une fois rentré au Burundi.
Une reconnaissance officielle
Ce phénomène n’est pas un simple bruit de couloir. En septembre 2023, le ministre burundais de l’Intérieur, de la Sécurité publique et du Développement communautaire, Martin Niteretse, l’a reconnu publiquement lors d’une visite dans un centre de transit à Gihanga. Ce jour-là, il a même annoncé que les 250 dollars du paquet de retour par personne étaient supprimés, pour tenter de freiner ces pratiques.
“Comme ça, nous comptons diminuer ce phénomène de tricherie, et même en finir, avec ceux qui se font passer pour des rapatriés alors que ce n’est pas vrai”, a-t-il déclaré.
La réaction a été immédiate : cris, pleurs, incompréhension. Des femmes, hommes et enfants qui espéraient cet argent ont exprimé leur colère, se demandant pourquoi ils avaient passé des jours dans les camps congolais pour revenir bredouilles.
Le point de vue du HCR
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) reconnaît également l’existence du phénomène, bien que dans un contexte plus nuancé. Un porte-parole a expliqué que la situation sécuritaire instable dans l’est de la RDC pousse souvent des Burundais à fuir aux côtés des Congolais. Une fois revenus au pays, les Burundais repartent chez eux tandis que les Congolais sont dirigés vers les camps de réfugiés du Burundi.
Et certains vont encore plus loin…
Il existe aussi des cas où des Burundais chercheraient à obtenir une fausse identité congolaise pour demander l’asile en Europe ou en Amérique. Un exercice plus complexe que de se faire rapatrier, mais qui attire ceux qui visent une vie à l’étranger.
Verdict: VRAI
Le comportement surnommé “makanaki” existe bel et bien. Il est confirmé par des témoignages de citoyens, déclarations officielles, et constats du HCR. La suppression du paquet de retour par les autorités burundaises vient d’ailleurs comme une réponse directe à ce phénomène.
À savoir : Cet article a été rédigé dans le cadre du projet “Vrai ou Faux” de La Benevolencija Grands Lacs, dont l’objectif est de contrer la désinformation et les discours de haine véhiculés à travers les médias et les plateformes numériques dans la région des Grands Lacs.




